Et il avait encaissé ça sans broncher. Il n'avait pas esquissé le moindre mouvement, n'avait pas eu la moindre défaillance; il l'avait fixée, tout le long de ce monologue tranchant, de ses yeux bleu qu'elle aimait tellement. Puis, elle était partie. Elle avait tourné les talons, laissant des larmes s'écraser sur ses joues mordues par le froid, se mêlant aux flocons de neige qui commençaient à tomber.
Le temps passait, et il était toujours là, debout, à l'endroit où elle l'avait laissé, un peu plus tôt dans l'après midi. Puis, sans savoir pourquoi, il se mit à courir, de plus en plus vite, le long de la Tamise. Il courut jusqu'à en perdre haleine, pensant pourvoir oublier ce qui venait de passer. A bout de souffle, il s'arrêta, laissant un peu de répit à son c½ur, qui avait beaucoup souffert en si peu de temps. Il s'assit sur le premier banc venu, et pris sa tête entre ses mains, dans l'espoir que tout cela n'était, et ne soit, qu'un mauvais rêve.
- Je crois que si j'avais été à votre place, je ne l'aurais pas laissée partir comme ça. Vous venez de faire une belle connerie si vous voulez mon avis.
Douglas releva la tête, ne s'attendant pas à ce qu'on vienne lui parler. Un vieil homme s'était assis à côté de lui, commençant à allumer une cigarette. Il lui tendit un paquet de Malboro, et le jeune homme accepta, le remerciant du regard. Cet homme devait se rapprocher des 70 ans. Il était habillé d'une façon si singulière, que l'on ne pouvait pas ne pas faire attention à lui. Il avait les traits durs, emprunts de gravité, son regard vert émeraude donnant l'impression que l'on vous passait au scanner. Cependant, il y avait quelque chose en lui qui inspirait confiance, et qui devait certainement pousser les gens à lui avouer tout ce qui leur passait par la tête.
- Comment ...
- Comment je sais que vous avez laissé partir une jeune demoiselle ? Une simple intuition. Et mon intuition ne m'induit jamais en erreur.